Améliorer la coupure des mots en lualatex

Bonjour, la liste !

Apparemment, il n’existe à ce jour aucune extension traitant la question
que je vais aborder. Quelqu’un serait-il intéressé par essayer
d’apporter une solution au problème suivant pour LuaLaTeX ?

Il s’agirait d’améliorer le coupure (ou division) des mots en LuaLaTex.

La coupure des mots est nécessaire à l’obtention d’un bon gris
typographique. Elle n’en produit pas moins une légère dégradation du
confort de lecture. J’estime qu’idéalement elle devrait intervenir le
plus tard possible dans un mot, afin de permettre au lecteur d’en
deviner facilement la suite. Au moins, elle devrait éviter l’écueil
inesthétique qui consisterait à avoir un long mot coupé après seulement
quelques lettres, par exemple « sys-/tématisations ». Je pense aussi aux
chaînes commençant par « l’ », « s’ », « t’ » ou « n’ », soit deux
premiers glyphes de chasse réduite qui donneront souvent lieu à des
coupures inesthétiques du genre « l’in-/temporalité », « t’es/péreraient ».

Classiquement, on définit \lefthyphenmin et \righthyphenmin pour
s’assurer d’un nombre minimum de lettres avant et après la division,
avec \lefthyphenmin souvent fixé à 3. Voilà qui convient bien pour des
mots courts comme « persil », « tendresse », mais qui pourrait donner
lieu à des coupures inesthétiques comme « ten-/taculairement »,
« per-/sonnalisations ». On pourrait bien sûr augmenter la valeur de
\lefthyphenmin, mais cela présenterait l’inconvénient majeur d’interdire
la division de mots courts, cruciale pour obtenir un bon gris
typographique dans les justifications étroites à moyennes (lignes de 40
à 60 caractères).

Pourquoi ne pas le faire manuellement en fonction de la justification du
document ? Parce qu’un document peut comporter plusieurs justifications
(au moins en nombre moyen de caractères par ligne) : celle des alinéas
ordinaires du texte courant ; celle des notes de bas de page ; celle des
notes marginales ; celle des citations isolées dans le texte courant ;
celle des épigraphes ; celle des encadrés… Par ailleurs, même dans de
justifications plus importantes comme 60 à 70 caractères, les alinéas
courts de deux ou trois lignes peuvent donner lieu à des situations
désespérées imposant des divisions laxistes dans le but de ne pas
dégrader excessivement le gris typographique.

En somme, l’idée serait en quelque sorte de faire varier de manière
dynamique, en fonction à la fois de la longueur du mot à couper et de la
justification de l’alinéa en cours de composition, les valeurs de
\lefthyphenmin (surtout) et de \righthyphenmin, ou de ce qui pourrait
servir d’équivalent en LuaLaTeX.

Cependant, compter le nombre de glyphes n’est pas idéal. Pour des
raisons esthétiques, c’est l’encombrement horizontal du mot qui devrait
être pris en compte. Or, certains glyphes chassent plus que d’autres (un
« m » est bien plus large qu’un « l », par exemple). L’idée serait donc,
autant que possible, de ne pas couper un mot avant la moitié de celui-ci
ni après les quatre cinquièmes (pour éviter par exemple
« réindustriali-sas ») en se basant si possible sur la chasse du mot
plutôt que sur le nombre de caractères.

Je me suis dit que ce devait être possible en LuaLaTeX avec les
callbacks (tout en tenant compte de babel-french), mais je suis très
loin d’avoir les compétences requises. Aussi ai-je mis Claude, Grok et
Gemini sur le coup, mais aucune de ces IA n’a su produire un code
efficace (la faute m’en incombant sans doute en partie, dans la mesure
où la formulation des requêtes à ces IA n’est pas mon fort).

Histoire de compliquer un peu l’algorithme, il s’agirait par ailleurs
d’alléger les contraintes définies, voire carrément d’éviter d’appliquer
ce traitement s’il devait résulter de la coupure du mot une trop grande
dégradation du gris typographique : lignes lavées (underfull box),
composition trop contrastée d’une ligne à l’autre (une ligne un peu
lâche suivant une ligne un peu serrée)… Des valeurs « en dur »
prévaudraient alors (\lefthyphenmin et \righthyphenmin, ou équivalent).

Le graal ? Une extension qui ferait tout cela, personnalisable,
fonctionnant à la fois avec babel et polyglossia.

Le comportement que j’ai en tête :
— compatibilité avec babel et polyglossia ;
— priorité aux coupures manuelles - au fil du texte (parfois
indispensables dans des situations désespérées) et à celles déclarées en
préambule avec \hyphenation ;
— coupure le plus tard possible en tenant compte de la longueur minimale
imposée après la division (ou à défaut du nombre minimum de caractères,
\righthyphenmin ou équivalent) ;
— coupure au plus tôt après 40 % de la longueur du mot ;
— allègement de ces contraintes en proportion inverse de la longueur des
lignes de l’alinéa en cours de composition ;
— personnalisation des contraintes en fonction du niveau d’exigence ou
des goûts de l’utilisateur.

J’ai essayé de concevoir au mieux le problème et les réponses à y
apporter, mais certains points ont évidemment très bien pu m’échapper,
qu’il serait souhaitable d’envisager avant toute tentative de traiter
techniquement la question.

Merci pour votre attention.


Thomas Savary
Du cœur à l’ouvrage

Bonjour,

De mon côté j’obtiens de bons résultats ainsi avec efrench :

\usepackage{csquotes}
\usepackage{etex} % pour eFrench
\usepackage{luahyphenrules}
\usepackage{french}

puis :

\begin{document}
\HyphenRules{french} % pour les césures en français
% for french guillemets under utf8
\catcode`« \active
\catcode`» \active
\def«{\guillemotleft }
\def»{\guillemotright}
% make hyphenation possible in presence of ’
\lccode`\'=8217\lccode8217=8217
% fin guillemets

Merci à Raymond Juillerat pour ces indications !

Bonne journée !

Thomas Savary wrote:

Il s’agirait d’améliorer le coupure (ou division) des mots en LuaLaTex.

Abat-jour tout le monde,

un commentaire en marge de ta requête (que je lirai beaucoup plus
attentivement plus tard), car j’ai eu récemment une idée similaire.

La véritable limitation de TeX au niveau de la division de mots est le
caractère totalement binaire de la pondération: tous les
discrétionnaires reçoivent une pénalité valant \hyphenpenalty ou
\exhyphenpenalty selon que le « pre-break » est vide ou pas (le
pre-break est le tiret pour une division de mot implicite).

Dans mon implémentation du Knuth-Plass, chaque point de coupure
potentielle de ligne transporte sa propre pénalité, qui peut être
ajustable individuellement. L’idée que j’avais eu est donc d’introduire
des pénalités de division de mot croissantes au fur et à mesure que l’on
avance dans le mot.

Je ne connais pas suffisamment le fonctionnement interne de LuaTeX pour
savoir si Hans a introduit des changements dans la procédure de coupure,
mais si par exemple on peut en quelque sorte transformer la valeur de
\hyphenpenalty en une fonction croissante de la distance au début du
mot, alors c’est peut-être une autre piste à explorer.

En tout cas, j’ai l’intention de faire des études expérimentales avec ma
plate-forme de recherche à ce sujet !


Resistance is futile. You will be jazzimilated.

Lisp, Jazz, Aïkido: http://www.didierverna.info

Bonjour,

Le 31/03/2026 à 09:53, Laurent Bloch a écrit :

De mon côté j’obtiens de bons résultats ainsi avec efrench :

\usepackage{csquotes}
\usepackage{etex} % pour eFrench
\usepackage{luahyphenrules}
\usepackage{french}

puis :

\begin{document}
\HyphenRules{french} % pour les césures en français
% for french guillemets under utf8
\catcode`« \active
\catcode`» \active
\def«{\guillemotleft }
\def»{\guillemotright}
% make hyphenation possible in presence of ’
\lccode`\'=8217\lccode8217=8217
% fin guillemets

Qu’on utilise, efrench, babel-french ou polyglossia sous lualatex, on obtient les mêmes coupures :

\showhyphens{systématisations, l’intemporalité, t’espéreraient, réindustrialisas}

produit avec le source proposé par Laurent :

sys-té-ma-ti-sa-tions, l’in-tem-po-ra-lité, t’es-pé-re-raient, ré-in-dus-tria-li-sas

les coupures jugées problématiques par Thomas sont autorisées.

Bonne journée,

Daniel Flipo

Bonsoir, Didier,

Que voilà une piste intéressante ! Cela dit, j’ai peut-être mal compris,
mais à mon sens c’est l’inverse qu’il faudrait faire : des pénalités
décroissantes au fur et à mesure que l’on avance dans le mot (jusqu’aux
quatre cinquièmes, mettons).

À mon sens, je le redis, il convient de couper le mot le plus tard
possible à condition d’éviter un déséquilibre visuel excessif comme
« anticonstitution-nel » — d’où ma proposition des quatre cinquièmes,
pour obtenir plutôt, par exemple, « anticonstitu-tionnel ».

Cela dit, cet exemple n’est peut-être pas très bon, car on essaie aussi
de privilégier les divisions après un préfixe : « anti-constitutionnel »
serait sans doute jugé préférable par beaucoup à
« anticonsti-tutionnel », bien que ce dernier soit visuellement plus
équilibré. Cela suppose tout de même à mon sens un préfixe d’au moins
trois, voire quatre lettres : « in-constitutionnellement » serait
visuellement désastreux ; mais « pré-cipitamment » ne serait pas
lui-même très jojo non plus.

Ce genre de termes mis à part (auxquels je n’avais pas d’abord songé),
il est à mon avis préférable de couper le mot le plus tard possible afin
d’en faciliter la lecture, en permettant au lecteur d’anticiper la suite
du mot à la ligne suivante : «la réinterpré-» (… «tation» ?) est ainsi
plus lisible que «la réin-» (… «sertion» ? «vention» ? «tégration» ?
«terprétation» ?). Même si le contexte suffit souvent à anticiper cette
suite, ce n’est pas forcément le cas.

On trouvera bien sûr toujours des cas particuliers, sans compter les
situations désespérées que j’évoquais. D’où la priorité à donner aux
divisions définies manuellement avec - et \hyphenation.

Impatient de voir ce que ça donnera sur ta plateforme !

Thomas Savary wrote:

Que voilà une piste intéressante ! Cela dit, j’ai peut-être mal
compris, mais à mon sens c’est l’inverse qu’il faudrait faire : des
pénalités décroissantes au fur et à mesure que l’on avance dans le mot
(jusqu’aux quatre cinquièmes, mettons).

Tout à fait, c’est bien ce que je voulais dire (c’était pour voir si
tu suivais bien :winking_face_with_tongue:).


Resistance is futile. You will be jazzimilated.

Lisp, Jazz, Aïkido: http://www.didierverna.info

Bonjour,

Ce que je ne comprends pas dans toute cette discussion, c’est que les
fichiers contenant les « hyphenation patterns » pour TeX indiquent une
pondèrent les coupures possibles (exemple pour l’espagnol, je n’ai pas
trouvé pour le français :
tex-hyphen/hyph-utf8/source/generic/hyph-utf8/languages/es/eshyph.src at master · hyphenation/tex-hyphen · GitHub).
Pourquoi ne pas simplement les améliorer ?

Bien à vous,

Bastien

On Wed, Apr 01, 2026 at 09:06:53AM +0000, Bastien Dumont wrote:

Ce que je ne comprends pas dans toute cette discussion, c’est que les
fichiers contenant les « hyphenation patterns » pour TeX indiquent une
pondèrent les coupures possibles (exemple pour l’espagnol, je n’ai pas
trouvé pour le français :
tex-hyphen/hyph-utf8/source/generic/hyph-utf8/languages/es/eshyph.src at master · hyphenation/tex-hyphen · GitHub).

Ce n’est pas une pondération des coupures, c’est comme ça que les
motifs de césures sont formés : les valeurs impaires indiquent que la
césure est possible, quand c’est impair c’est interdit ; pour un mot
donné on regarde tous les motifs qui s’appliquent et on prend le maximum
des valeurs à chaque interlettre. Ça permet de décrire les règles de
façon très fine avec des exceptions et des exceptions aux exceptions
avec dix niveaux de 0 à 9 (le 0 est implicite).

Aucun moteur TeX n’a à ma connaissance la capacité de pondérer les
points de coupures, mais il existe au moins un paquet pour LuaLaTeX :

https://ctan.org/pkg/autotype

Je n’ai jamais pris le temps de regarder, mais c’est un point de
départ possible.

Mais sinon :

Pourquoi ne pas simplement les améliorer ?

C’est certainement une bonne idée. Les motifs de césure pour le
français présents dans les distributions TeX n’ont pas changé depuis 20
ou 25 ans (alors qu’ils ont été utilisés et mis à jour pour l’un des
MachinOffice), ça vaut certainement la peine de s’y pencher.

Arthur

Bonjour, Bastien,

Il s’agit d’une question de typographie soignée. L’idée est toujours de
viser la meilleure qualité possible. Mais cela devrait se faire en
fonction des contraintes de composition. Couper « mer-ci » peut être
nécessaire, donc admissible, pour des lignes de 35 caractères ; ce ne
l’est pas pour une ligne de 78. Ou encore « mer-cure » est visuellement
équilibré, mais « mer-veilleusement » ne l’est pas, non plus que
« recaractéri-ser », même si tous ces exemples sont « licites ».

En somme, une définition rigide de \lefthyphemin et de \righthyphenmin,
pour des lignes de longueur moyenne ou importante, conduit
inévitablement à des résultats insatisfaisants obligeant à des
interventions manuelles. On peut certes adapter cette définition à la
longueur moyenne des lignes, mais il en résultera toujours dans certains
cas des coupures indésirables, surtout dans un document avec des
justifications multiples (texte courant, blocs de citation, notes de bas
de page, notes marginales, épigraphes…). Alors, certes, on peut
intervenir pour imposer des valeurs différentes selon l’environnement,
mais c’est du travail supplémentaire, qui en outre ne réglera pas tous
les problèmes.

Il est certainement possible d’arriver, sinon à une solution parfaite,
du moins à une nette amélioration de la coupure des mots en tirant parti
des possibilités de LuaLaTeX.

Cordialement,

Thomas Savary

Ah zut, moi aussi je m’y mets :

On Wed, Apr 01, 2026 at 03:18:44PM +0200, Arthur Rosendahl wrote:

                            les valeurs impaires indiquent que la

césure est possible, quand c’est impair c’est interdit

Je voulais bien sûr écrire « quand c’est pair c’est interdit ». Si on
prend les motifs du français :

https://github.com/hyphenation/tex-hyphen/blob/5684c0f/hyph-utf8/tex/generic/hyph-utf8/patterns/tex/hyph-fr.tex

le « 1be » de la ligne 126 veut dire que la coupure est autorisée devant
« be », mais « 4be. » à la ligne 130 l’interdit quand ces deux lettres
finissent le mot (le point signifie le début ou la fin d’un mot), par
exemple. En montant les niveaux, on peut ainsi traiter de proche en
proche des mots de plus en plus complexes.

Dans cet ordre d’idées, les lignes 169 à 180, avec les mots en -cent,
m’ont toujours beaucoup amusé :slight_smile:

Arthur

Le mer. 1 avr. 2026 à 15:28, Arthur Rosendahl a écrit :

Dans cet ordre d’idées, les lignes 169 à 180, avec les mots en -cent, m’ont toujours beaucoup amusé :slight_smile:

J’y vois « privatdo3cent. » : c’est quoi ce truc ?

Denis

On Thu, Apr 02, 2026 at 10:07:03AM +0200, Denis Bitouze wrote:

J’y vois « privatdo3cent. » : c’est quoi ce truc ?

Ça me fait penser à l’allemand Privatdozent, une sorte de maître de
conférences.

Arthur

Le 02/04/2026 à 12:16, Arthur Rosendahl a écrit :

On Thu, Apr 02, 2026 at 10:07:03AM +0200, Denis Bitouze wrote:

J’y vois « privatdo3cent. » : c’est quoi ce truc ?

Ça me fait penser à l’allemand Privatdozent, une sorte de maître de
conférences.

Mon (vieux) Larousse me dit :

privatdocent ou privatdozent : professeur libre dans les universités
allemandes ou suisses (du latin « privatim docens » : qui enseigne à
titre privé).

La syllabe finale -cent étant sonore (contrairement à «ils jacacent,
agacent » etc) la coupure est autorisée par le 3.


Daniel Flipo

Bonjour, Daniel
(et la liste)

La syllabe finale -cent étant sonore (contrairement à «ils jacacent,
agacent » etc) la coupure est autorisée par le 3.

Je profite de ta remarque pour critiquer l’interdiction de couper les
mots avant une syllabe dite « muette ». Pour commencer, les fameuses
syllabes ne sont en réalité pas toujours muettes : qui prononcera « les
marbres de l’Antiquité» /lɛ maʁbʁ dlɑ̃tikite/ plutôt que /lɛ maʁbʁə də
lɑ̃tikite/ ? Dans ce contexte, « marbres » comprend bien deux syllabes
oralisées (même si bien sûr la seconde est atone) et rien ne justifie
pour moi d’interdire la division, que j’ajoute donc manuellement en tant
que de besoin pour régler les problèmes de composition typographique.

Exceptionnellement, je le fais aussi dans un contexte comme « marbre
antique », où « marbre » est prononcé /maʁbʁ/, considérant que la
priorité doit être donnée au gris typographique. C’était d’ailleurs
l’avis de Désiré Greffier dans « les Règles de la composition
typographique » (1897) :

« Ce n’est que pour faciliter l’espacement régulier qu’il a été admis de
séparer un mot en deux tronçons. Par conséquent, lorsqu’une des règles
qui président à la coupure d’un mot mettrait dans la nécessité, pour
être suivie, d’espacer irrégulièrement, il vaudrait mieux faire une
mauvaise division qu’un mauvais espacement. »

« Division avant une syllabe muette. — Quelques Manuels disent qu’il ne
faut pas reporter à la ligne suivante une syllabe muette, quel que soit
son nombre de lettres.

» Ainsi ces divisions seraient mauvaises, d’après eux :

» Ils mar-quent. — les hom-mes.

» Nous rejetons absolument cette règle ; car, pour la suivre, on serait
obligé très souvent de tomber dans un espacement trop large ou trop
serré, et, pour éviter une imperfection peu sensible, on tomberait dans
une grande faute. »

Thomas Savary

Bonjour Thomas (et les autres),

Le 03/04/2026 à 09:48, Thomas Savary a écrit :

Exceptionnellement, je le fais aussi dans un contexte comme « marbre
antique », où « marbre » est prononcé /maʁbʁ/, considérant que la
priorité doit être donnée au gris typographique. C’était d’ailleurs
l’avis de Désiré Greffier dans « les Règles de la composition
typographique » (1897) :

« Ce n’est que pour faciliter l’espacement régulier qu’il a été admis de
séparer un mot en deux tronçons. Par conséquent, lorsqu’une des règles
qui président à la coupure d’un mot mettrait dans la nécessité, pour
être suivie, d’espacer irrégulièrement, il vaudrait mieux faire une
mauvaise division qu’un mauvais espacement. »

Ce point fait totalement consensus.

« Division avant une syllabe muette. — Quelques Manuels disent qu’il ne
faut pas reporter à la ligne suivante une syllabe muette, quel que soit
son nombre de lettres.

Exactement, les avis divergent sur ce point. Nous (Bernard Gaulle et
moi) avons choisi d’interdire ces coupures, considérant qu’en
justification normale cette contrainte était supportable et qu’au besoin
l’utilisateur pourrait toujours s’en affranchir, comme tu le fais
occasionnellement.

C’est un choix, comme tous les choix ça se discute. Personnellement je
ne souhaite pas risquer une coupure comme « ils pren-nent » « ils
pleu-rent », « ils par-lent », « il sem-ble ». A contrario, le Guide du
typographe roman accepte les coupures des syllabes muettes d’au moins
trois lettres, donc « ils pren-nent » c’est bon, « des tombes » aussi
mais pas « une tombe », bof…

Je rappelle que nous avons documenté nos choix dans un article des
Cahiers Gutenberg (n° 18, 1994) malheureusement non disponible en ligne.
Contrairement aux fichiers relatifs aux autres langues, nous avons
indiqué pour chacune de nos interventions, un mot justifiant (à notre
avis) l’ajout ou la suppression d’un motif. Ceci devrait faciliter le
travail de ceux qui voudraient améliorer le fichier de motifs français
hyph-fr.tex.


Daniel Flipo

Le 2026-04-03 14:51, Daniel Flipo a écrit :

Bonjour Thomas (et les autres),
(…) Je rappelle que nous avons documenté nos choix dans un article
des
Cahiers Gutenberg (n° 18, 1994) malheureusement non disponible en
ligne.

Bonjour à tous,

En fait, si : Thierry Bouche a numérisé tous les « anciens » numéros et
l’article cité se trouve ici :

Comme le sujet semble passionner du monde… Bien à vous,

J.-M.

Bonsoir, Daniel,
Bonsoir, Jean-Michel
et la liste !

Je ne connaissais pas cet article, merci à tous deux de me le faire
découvrir, mieux valant tard que jamais :slight_smile:

En fait, je suis moi aussi d’avis d’appliquer par défaut ladite règle,
ne serait-ce que parce que c’est l’usage et que s’en écarter va à
l’encontre du rôle de la typographie, qui suppose généralement de ne pas
attirer l’attention. C’est juste qu’à l’occasion je l’enfreins sans le
moindre regret — et cela peut vouloir dire beaucoup de travail dans les
justifications étroites ou même moyennes (dans les textes où abondent
les alinéas très courts, soit un cas relativement fréquent dans les
romans contemporains).

En effet, ce qui est dommage, c’est que ces divisions vont être
interdites automatiquement dans tous les contextes, y compris dans des
justifications de 40 signes, par exemple (fréquentes dans les
périodiques). Évidemment, dans les années 1990, il n’était guère
envisageable de procéder autrement, mais aujourd’hui cela me semble
possible, avec la piste qu’ouvrait Didier cette semaine, à savoir
d’attribuer des points de pénalité variables aux divisions autorisées.

Cela supposerait toutefois de mettre à jour les motifs de division pour
le français afin d’autoriser la coupure avant une syllabe dite muette.

Il s’agirait ensuite d’attribuer à cette dernière des points de pénalité
qui seraient proportionnels à la justification (faible pénalité pour les
lignes courtes, considérable pour les lignes longues), voire d’intégrer
à ce calcul la longueur de l’alinéa en cours de composition et la place
du mot dans cet alinéa (pénalité plus faible en début d’alinéa [surtout
en fin de première ligne, là où les options en matière de composition
sont des plus limitées, s’agissant d’éviter une ligne lavée] ainsi qu’en
avant-dernière ligne [afin de faciliter l’évitement des lignes à voleur]).

Un énorme boulot, j’imagine… et je regrette de ne pas avoir les
compétences pour m’y coller.

En tout cas, si les améliorations que je suggérais finissaient par voir
le jour grâce à des gens comme Didier ou toi, le compositeur d’InDesign
serait totalement surclassé ! Et cela mériterait un nouvel article pour
les Cahiers et pour « Graphê » :slight_smile:

Thomas Savary

Le 03/04/2026 à 15:07, jmhuffle a écrit :

En fait, si : Thierry Bouche a numérisé tous les « anciens » numéros et
l’article cité se trouve ici :

Motifs français de césure typographique

Super, j’avais oublié (merci Thierry !), j’ai cherché sur le site de GUT
sans succès.

Ça serait bien que la page

renvoie vers le site numdam…


Daniel Flipo

Bonjour.

Le package lua-list-hyphen, sorti hier, crée un fichier contenant tous les mots coupés lors d’une compilation. Il suffit d’ajouter « \usepackage{lua-list-hyphen} » au préambule d’un fichier .tex et, suite à sa compilation, on obtient une liste de mots, par exemple :

pla-nète
aug-mente
Émi-rats
chif-frées
pro-cédés
co-équipier
insuffi-sant

Cela peut se révéler utile pour contrôler les césures.

Bonne journée.

Patrick Bideault

Bonjour, Patrick,
Bonjour, la liste,

Merci pour l’information. Je connaissais pour ma part une extension
similaire assez ancienne, lua-check-hyphen, qui offre le même service et
permet par ailleurs si on le souhaite de marquer les divisions par un
monstrueux carré noir dans le PDF de sortie. J’ai modifié le fichier
.sty pour en faire un petit carré bleu, plus discret tout en étant
suffisamment voyant. Je vois d’ailleurs que le mode d’emploi de
lua-list-hyphen mentionne lua-check-hyphen.

Je trouve en tout cas le signalement dans le PDF plus parlant qu’une
liste de mots coupés. Face à une coupure plus ou moins inesthétique, on
peut souvent estimer en regardant l’alinéa concerné, si une intervention
manuelle a des chances de fonctionner sans dégrader excessivement la
composition, alors qu’une liste ne nous renseignera pas sur ce point.

Cela dit, deux précautions valent mieux qu’une, et la liste peut
permettre d’identifier une division critiquable qui, malgré les carrés,
aurait échappé à des yeux fatigués ou distraits parcourant le PDF.

La nouvelle extension a l’air de proposer des améliorations par rapport
à lua-check-hyphen ; je vais contacter l’auteur pour lui proposer
d’ajouter un signalement dans le PDF sur le modèle de cette dernière.

Bon dimanche !