Bonjour, Jean-Michel,
Bonjour, la liste,
J’ai quant à moi du mal à suivre votre argumentation. Il me semble
que dans
un texte littéraire, surtout maintenant que pas mal de monde utilise le
codage UTF-8, les textes sources ont un look proche du résultat
final, si
l’on laisse tomber l’espacement proportionnel et la justification à
droite.
Dans un texte vraiment littéraire, certains passages sont en italiques,
quelques mots sont estampillés d’une commande d’index. Quelques
occurrences
d’“emph{…}” ou d’“index{…}”, rien de bien méchant… Penser
qu’il n’y a
pas si longtemps, un écrivain tapait son texte avec une machine à
écrire…
Un aspect proche du résultat final : eh bien non, justement, pas du
tout, et c’est bien à mes yeux le problème. Pour commencer, justement
parce que les éditeurs de texte (spécialisés ou non) utilisent une
police à chasse fixe. Cela semble pour vous un détail, mais pas pour
moi ni la plupart des littéraires, je suppose. On peut évidemment en
changer pour une police à empattements, et je ne me suis pas privé de
le faire… avant de revenir piteusement à une police à chasse fixe, à
cause de la sensation d’étrangeté que j’éprouvais à voir les commandes
LaTeX composées en Linux Libertine, en Crimson ou en Athelas, par exemple.
Bien pire toutefois est la nécessité de laisser une ligne de blanc
pour changer d’alinéa : le résultat est proprement horrible, surtout
dans un dialogue enchaînant les répliques courtes. Dans un livre
correctement composé, il y a très peu de lignes de blanc. Ces
dernières séparent normalement les paragraphes (qui sont des groupes
d’alinéas — voir « Orthotypographie » de Lacroux). Et on n’en voit
jamais entre les répliques d’un dialogue, sinon dans certains livres
pour moi hideux.
Un logiciel de traitement de texte n’est pas un programme de PAO,
c’est évident. Mais, encore une fois, pourquoi se priver d’un
affichage agréable, évoquant ce que sera le livre définitif ? Pourquoi
renoncer aux ligatures esthétiques « fi », « ffi », « ff », « fl »,
« ffl », entre autres ? Aux renfoncements d’alinéa ? À la possibilité
de régler l’interlignage en fonction de la hauteur d’x et de la
justification ? Avoir quelque chose de potable sous les yeux
constitue, je trouve, une invitation à écrire. Rien de tel, voire le
contraire pour certaines personnes, avec un éditeur de texte. Si
d’aucuns peuvent faire abstraction de cette mocheté — ou ne la
perçoivent pas —, ce n’est pas mon cas.
Pour un roman, cela dit, vous avez raison, le nombre de commandes dans
le source est faible (du moins avant les multiples interventions pour
régler les problèmes de composition à coups de textls, linebreak,
looseness, mbox, -, ~, etc.). Créer une commande pour les tirets de
dialogue, oui, bien sûr, c’est également ce que je fais, mais quelle
horreur à saisir (et à relire) : c’est bien aussi pour cela que je
préfère écrire dans Writer. Lors de l’export au format TeX, un petit
coup de sed remplace les tirets de dialogue par ma commande.
Ne parlons pas des notes, un cauchemar. Rares dans la grande majorité
des romans, sans doute, mais pouvant être fréquentes dans les
traductions (les fameuses NDT). Et puis, l’édition littéraire, ce sont
aussi des biographies, des essais, avec foison de notes de bas de
page, index, bibliographie.
Penser qu’il n’y a
pas si longtemps, un écrivain tapait son texte avec une machine à
écrire…
Il y a encore moins longtemps, trente-cinq ans tout de même,
j’écrivais, gamin, mes premières nouvelles avec le programme Epistole
sur Apple IIc, à l’écran monochrome de 9 pouces. Et je suis bien
content aujourd’hui d’écrire ce message avec un 27 pouces en millions
de couleurs. Nulle envie de revenir en arrière en écrivant mon bouquin
dans Kate ou dans Kile, encore moins dans Vim !
Le confort d’écriture dans un logiciel de traitement de texte comme
Writer, hautement personnalisable qui plus est (menus, raccourcis,
icônes, barres d’outils), est à mon sens infiniment supérieur à celui
d’un éditeur de texte, même aussi configurable que Kile, par exemple.
mais si je vous donne un texte déjà balisé aux points qui
peuvent poser problème typographiquement parlant, il me semble que vous
devez gagner du temps par rapport à la récupération brute d’un texte au
kilomètre.
La récupération n’est pas brute, justement. J’utilise Writer2latex en
ligne de commande pour exporter les fichiers ODT au format TeX : ainsi
récupéré-je niveaux de titre, notes, italiques, gras, petites
capitales, indices, exposants, espaces insécables sans rien avoir à
faire. Mon script Bash toilette alors le résultat (parce que
Writer2latex n’est pas parfait, et pour ajouter quelques commandes
comme celle du tiret de dialogue, qui me sert avant tout à paramétrer
l’espace qui suit, plus ou moins étroite en fonction du goût de
l’éditeur, l’essentiel étant que sa chasse soit fixe), tronçonne le
source TeX en autant de fichiers que de chapitres, crée un projet à
partir du gabarit indiqué, insère dans le préambule et mon fichier de
définition de commandes les informations préalablement renseignées
dans un tableau ODS, ajoute les include nécessaires et lance deux ou
trois compilations en PDF. Voilà quelques semaines, j’ai ainsi fait la
démonstration devant des étudiants que l’on pouvait pondre en moins
d’une minute un premier jet complet en PDF d’un roman de 320 pages,
avec lettrines (moches avant le repositionnement manuel requis pour
certaines d’entre elles — mais c’est parce que je n’ai pas eu le
courage encore d’automatiser cela, car c’est un travail à faire police
par police), table des matières et mentions légales (ISBN, éditeur,
année, dépôt légal, nom des contributeurs, etc.).
Les problèmes typo, on ne les voit que dans le PDF : veuves,
orphelines, mots coupés en bas de page *, lignes lavées, superposition
de mots identiques ou homographes sur plusieurs lignes consécutives,
note de bas de page sur deux pages (à éviter quand on peut), dernière
page d’un chapitre comportant moins de cinq lignes, etc. Tant que la
maquette est susceptible de bouger, on ne traite surtout pas ces
problèmes, ce qui serait au mieux inutile, au pire dangereux.
- Je sais que TeX peut traiter ces problèmes automatiquement, mais la
solution appliquée est inadmissible en typo soignée : chasser la ligne
problématique à la page suivante, soit réduire le nombre de lignes
d’une page pleine. On a pendu des imprimeurs pour moins que ça 
Blague à part, et là c’est authentique, André Gide a refusé de voir
paraître « les Nourritures terrestres » (de mémoire) précisément pour
cette raison, obligeant l’atelier de composition à tout reprendre au
début. Et il avait bien raison.
Pardon pour la lourdeur de mon style et toutes ces parenthèses. Je ne
m’en rendais pas compte en écrivant, et je n’ai pas le courage de tout
reprendre.
Cordialement,
Thomas Savary
1 le Grand-Plessis
F-85340 L’Île-d’Olonne
Tél. Tél. masqué
https://correctionpro.fr/
https://compo85.fr/
mercredi 25 mars 2020, à 18:53:56 CET, xyz@xyz.tld a écrit :
19 mars 2020 11:36 “Thomas Savary” <xyz@xyz.tld
(mailto:xyz@xyz.tld?to=%22Thomas%20Savary%22%20<compo85@correc
tionpro.fr>)> a écrit: Bonjour, Corentin,
J’ai du mal à comprendre votre réaction. Si je recommande les
traitements
de de texte, c’est dans une logique de séparation des tâches :
l’écriture
d’un côté, la mise en pages de l’autre. La question posée par Laurent
portait sur l’écriture d’un livre. Je maintiens que les logiciels de
traitement de texte sont de meilleurs outils, pour écrire des textes non
scientifiques, que Latex, et bien plus agréables de surcroît.
(…)
Bonsoir à tous,
Désolé pour le retard à l’allumage, mais je fus occupé à pas mal
d’autres
tâches depuis le week-end dernier…
J’ai quant à moi du mal à suivre votre argumentation. Il me semble
que dans
un texte littéraire, surtout maintenant que pas mal de monde utilise le
codage UTF-8, les textes sources ont un look proche du résultat
final, si
l’on laisse tomber l’espacement proportionnel et la justification à
droite.
Dans un texte vraiment littéraire, certains passages sont en italiques,
quelques mots sont estampillés d’une commande d’index. Quelques
occurrences
d’“emph{…}” ou d’“index{…}”, rien de bien méchant… Penser
qu’il n’y a
pas si longtemps, un écrivain tapait son texte avec une machine à
écrire…
Que LaTeX & Cie ne soient pas interfacés avec des correcteurs
orthographiques puissants ou avec des détecteurs de répétition, on
peut le
déplorer - ou considérer qu’il y a là quelques pistes à explorer.
Mais vous
savez aussi bien que moi que ces outils d’aide ne remplacent pas le
talent.
Pour quelqu’un qui cherche à écrire un roman, l’intérêt de LaTeX, à mon
avis, est de pouvoir fournir quelque chose d’adaptable. Un cas très
simple
: s’il y a beaucoup de répliques, on peut se poser la question
d’utiliser
des titres moyens ou longs. On peut se demander aussi comment indiquer
qu’un alinéa est la suite d’une réplique :
mydash Vous êtes un fat personnage; Monsieur.
mydash Mes témoins attendront les vôtres, Monsieur.
more Puisque vous semblez las de vivre, Monsieur.
… et ainsi que le montre l’exemple précédent, on peut définir des
commandes dont la réalisation peut être révisée voire améliorée à tout
moment. Je suis moins calé que vous en typographie, je n’en doute pas un
seul instant, mais si je vous donne un texte déjà balisé aux points qui
peuvent poser problème typographiquement parlant, il me semble que vous
devez gagner du temps par rapport à la récupération brute d’un texte au
kilomètre.
Personnellement, je considère que LaTeX réussit le tour de force de
pouvoir
fournir une qualité plancher plutôt bonne pour quelqu’un qui se
débrouille
tout seul avec des connaissances de base, en même temps qu’il permet
un texte est convenablement balisé - une reprise du même texte par
quelqu’un de plus calé en matière de formatage.
Bien à vous,
J.-M. H.